Un domaine où s’exerce l’intelligence collective

Les personnes qui se lancent dans un projet d’habitat participatif prennent le temps de réfléchir ensemble, mettent en commun des idées et des moyens pour inventer elles-mêmes leur futur cadre de vie. C’est d’une grande complexité car du projet architectural à l’organisation de la vie quotidienne, en passant par le financement et le statut juridique de la future propriété, elles sont amenées à explorer - à plusieurs - des domaines qui ne leur sont pas nécessairement familiers tels que le droit, la finance, l’urbanisme, l’architecture et… la dynamique de groupe.

Complexe, mais passionnant et intéressé car les attentes sont fortes. Un projet d’habitat participatif c’est souvent la promesse :
- d’un voisinage attentif, bienveillant et solidaire,
- d’une vie sociale plus riche et plus intense,
- d’une empreinte écologique fortement diminuée,
- de logements sains, abordables et adaptés aux besoins,
- d’une réduction significative du coût de la vie,
- d’un frein à la spéculation immobilière,
- d’un pas vers la transition économique et sociale.

Mais avant d’atteindre le but et de pouvoir récolter tous ces fruits, le chemin est long et semé d’embûches. Bien des projets qui démarrent dans l’enthousiasme s’éteignent au bout de quelques années parce que les difficultés rencontrées sont trop nombreuses.

"Sans assistance à maîtrise d'ouvrage il est difficile de faire aboutir un projet, sauf si des compétences spécifiques existent en interne"
La plupart des projets qui sont menés à bien aboutissent parce que les groupes qui les portent ont pu se faire accompagner et bénéficier d’une assistance à maîtrise d’ouvrage.

Aujourd’hui, les professionnels qualifiés dans ce domaine en Bretagne se comptent sur les doigts d’une main et il est bien difficile de savoir s’ils sont si peu nombreux parce qu’il n’y a que peu de demande ou s’il n’y a que peu de demande parce que les professionnels spécialisés sont peu nombreux.

La grande difficulté tient au fait qu’un groupe en cours de constitution ne peut pas facilement mobiliser le budget qu’il faudrait pour faire appel à un professionnel parce que, justement, il est en cours de constitution. Pourtant, c’est dès le moment où ils se constituent que les groupes ont besoin d’être accompagnés. Alors, comment faire ?

C’est là que les pouvoirs publics pourraient intervenir et peser davantage dans la résolution de ce paradoxe. Les raisons qu’ils auraient de le faire sont nombreuses parce que l’habitat participatif apporte des réponses positives à un certain nombre d’enjeux auxquels notre société doit faire face : isolement et solitude, montée des incivilités, délitement du lien social, vieillissement de la population, spéculation immobilière, étalement urbain, transition énergétique, lutte contre le réchauffement climatique, etc.

Chacun à son niveau et chacun dans son rôle, les élus ont donc tout intérêt à faciliter l’émergence de projets d’habitat participatif et à augmenter leurs chances d’aboutir. Certains le font déjà et le Réseau national des collectivités pour l'habitat participatif, par exemple, contribue à son développement, mais la marge de progrès est encore immense.

Tout au long de l’année 2016, en partenariat avec l’ADESS, la DDTM et des porteurs de projets, Approche a participé à un groupe de travail dont l’objectif est de recenser les personnes et les instances qui peuvent avoir une influence, à quelque niveau que ce soit, sur le développement de l’habitat participatif et de trouver le moyen de les sensibiliser.
Une synthèse de ces travaux sera bientôt disponible.

Jean-Louis Lecamus
Co-président de l’association