• Centrale de Landivisiau, il est urgent d'arrêter

Peut-on accepter que l'argent public subventionne des équipements de nature à retarder les actions de sobriété, d'efficacité énergétique et de recours aux énergies renouvelables qu'imposent la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles ? Malgré la COP 21 en décembre 2015, le projet de centrale à gaz de 446 MW (mégawatts) à Landivisiau, autorisé sept mois plus tôt par arrêté du préfet du Finistère, n'est toujours pas abandonné. Porté par Direct Energie, il s'inscrivait dans le "pacte électrique breton", cosigné par différents acteurs institutionnels le 14 décembre 2010 à la suite de discussions commencées voici plus de dix ans.

Le contexte énergétique a fortement évolué. En témoigne notamment la revue à la baisse des prévisions d'augmentation de la consommation électrique publiées par RTE (Réseau de Transport d'Energie). La perspective d'un "blackout" à la suite d'un décrochage du réseau électrique, lors d'un pic d'appel de puissance en hiver, n'a pas non plus été confirmée par les faits. Après une pointe de 4630 MW atteinte en 2010, les relevés publiés par RTE ont montré une stabilisation, voire une tendance à la baisse sur la Bretagne.

La sécurisation du réseau électrique pouvait être assurée de différentes façons. Le risque lié aux pointes d'appel de puissance était associé aux basses températures hivernales accroissant ponctuellement la demande d'électricité pour le chauffage électrique, quasi généralisé dans la construction conventionnelle de ces dernières décennies. C'est en réalité à des besoins en confort thermique qu'il fallait répondre durablement, et cela par exemple à l'aide de :

-  travaux d'isolation sur les bâtiments et le remplacement des équipements électriques les moins performants ;
- la suppression du chauffage électrique au profit d'un autre mode de fourniture de chaleur, notamment dans les bâtiments collectifs et dans certains process industriels et agroalimentaires.

Les 40 millions annuels qu'il faudra payer, quels que soient les résultats d'exploitation, pendant 20 ans, à Direct Energie, ne seraient-ils pas mieux employés à financer cette transition ?

En outre ce projet émetteur de gaz à effet de serre, n'est conçu que pour produire de l'électricité, ce qui limite son rendement énergétique en rejetant dans la nature, qui s'en passerait volontiers, la moitié de la chaleur de la combustion du gaz. Le rendement des systèmes de cogénération, intégrés à des réseaux de chaleur urbains, est bien meilleur puisqu'il est d'environ 85% en utilisant la chaleur résiduelle pour chauffer des bâtiments ou des équipements collectifs, ce qui assure aussi leur viabilité économique. Mais les unités de cogénération sont de taille plus réduite (quelques dizaines de MW), plus proches des consommateurs et tout à fait adaptées à des sources de chaleur d'origine renouvelable et diversifiées (bois, paille, déchets, biogaz, et aussi solaire thermique).

Lors de l'élaboration du pacte électrique breton, un peu avant notre décennie, certains acteurs estimaient que l'urgence de faire face à un risque de pointe de consommation ne permettait pas de compter sur des actions pédagogiques et citoyennes, trop longues à porter leurs fruits. Or la centrale n'a pas vu le jour et force est de constater, dix ans après, que le « blackout » ne s'est pas produit. Le maillage électrique a été bouclé entre Lorient et Saint-Brieuc et la baisse des coûts de l'électricité photovoltaïque (55€ le MWh selon les derniers appels d'offres, contre 62€ pour le nucléaire existant selon l'estimation de la cour des comptes en 2014), souligne l'obsolescence du pacte électrique breton, tandis que l'urgence climatique appelle une tout autre ambition !

Paul Rocuet

Co-président de l’association APPROCHE-Ecohabitat